Sabrina Amigoni est née en 1984 en Suisse, à Lausanne, où elle grandit une partie de son enfance. A l’âge de 9 ans, elle s’installe avec sa famille à la campagne du côté d’Yverdon-les-Bains. Aujourd’hui, elle vit et travaille dans son atelier à Suchy, dans le Nord vaudois.

 

Avec un fort penchant pour les domaines créatifs depuis son plus jeune âge, elle découvre le métier de styliste à 10 ans, grâce à un documentaire sur les dessins des robes Walt Disney. Depuis ce jour, elle commence à dessiner des vêtements et à créer des petites collections. A la fin de son parcours scolaire, elle entame des études de stylisme qu’elle sera contrainte d’interrompre avant leur finalité. Elle se forme alors dans le domaine administratif et suit ultérieurement des études de designer graphique. Cependant, elle ne retrouve pas la passion qu’elle a connu lors de sa première immersion professionnelle dans le milieu artistique et enchaine les déceptions professionnelles pendant près de 10 ans.

 

C’est en 2014, à l’aube de ses 30 ans qu’elle prend conscience du juste sens qu’elle veut donner à sa vie et quitte son statut d’employée. Elle travaille à plein temps sur ses dessins et ses peintures pendant plusieurs mois. À cette issue naitra la série « Color portaits » qu’elle expose pour la première fois en 2016 lors d’un solo show.

 

Enthousiaste par le dessin de mode dans sa jeunesse, elle se concentre pourtant très vite davantage sur les visages dont l’expression des regards et les mouvements de cheveux la fascinent. On retrouve néanmoins dans ses portraits, le côté stylisé qui s’apparente au côté graphique, deux univers qu’elle a côtoyé et dont elle s’inspire aujourd’hui.

 

Ses peintures sont composée d'acrylique et de résine epoxy. Elle aime texturer les matières pour les rendre plus vivantes et mélanger l’utilisation des outils comme les pinceaux et les couteaux. Sans cesse en exploration de nouveaux horizons plastiques, elle invente ses propres textures à base de pigments, de liant et autres substrats, travaillant parallèlement sur des jeux d’éclairages et de lumière avec lesquels elle est en perpétuelle expérimentation. 

 

Ce qui attire le regard au premier abord, après  le sujet, sont les couleurs vives et les effets avec lesquels les tableau réfléchissent la lumière, passant par exemple de mat à brillant ou d’argenté à multicolor. Les peintures expressives, contrastées et scintillantes de Sabrina Amigoni sont un moyen de transmettre au spectateur son énergie et sa bonne ambiance. 

Lundi dernier, j’ai eu le privilège de rencontrer Sabrina Amigoni, artiste peintre, qui m’a ouvert les portes de son atelier. Dans un espace soigné et intime, une discussion à cœur ouvert autour de son être artiste et de ses œuvres s’est installée.

            Ayant passé environ dix ans dans l’administration, elle me confia que cela n’était pas sa vocation, que quelque chose de profond lui manquait. Le besoin de créativité et le soutien inconditionnel de son mari l’ont alors convaincue de choisir la voie de la création. Le processus artistique de départ peut passer par une simulation digitale qui peut durer des mois voire même des années. L’idée se transforme en continu en fonction de l’humeur et de l’état d’esprit. Un besoin de création qui est indispensable voire viscéral, m’annonce-t-elle. Ce qui la pousse parfois, de manière impulsive, à s’exprimer directement sur la toile et de réfléchir ensuite à sa réalisation, à la transformer. Les tourments sont alors exprimés, mis sur la toile. L’intime passe également par ce processus. 

            Dédiée à son art, elle peint des visages de femmes, connues ou non, et en mélange alors les traits. Entourée d’hommes, tant au niveau professionnel que personnel, cette jeune mère d’un petit garçon a la volonté de se démarquer en peignant ces femmes dont le visage relate la beauté et le caractère certain autant dans le regard que dans sa forme. Elle me fait alors référence à sa « Kate Moss », peinte directement sur le mur, qui possède un visage singulier, me dit-elle. Elle enchaîne sur le fait qu’il existe un fossé entre ce que la forme est, et ce que nous percevons d’elle dans la société. Une excellente remarque qui nous pousse à avoir une réflexion sur le sujet. Et vous, qu’en dites-vous ? Existe-t-il un fossé entre la forme en elle-même et la façon dont elle est perçue en société ? Toute réponse est la bienvenue.

 

            Mais, en soi, pourquoi peindre des visages féminins ? Car les femmes, me dit-elle, l’inspirent. Elle est une femme. Les femmes ont un langage verbal ou non qui est plus subtil, plus vaste voire plus développé que les hommes. Quand elle peint, ses idées, ses ressentis et ses émotions sont retranscrits en une image, en quelque chose de figuratif. C’est cette forme d’expression qui plaît à l’artiste. « Le côté le plus important de cette démarche intime est clairement féministe. La femme est sous-évaluée depuis la nuit des temps. Quand je regarde autour de moi, je vois des femmes incroyables, qui portent bien plus sur leurs épaules que les hommes, qui ne se plaignent pas, qui avancent, malgré de nombreux bâtons dans les roues que leur met la société prônant encore trop le patriarcat. La femme a le droit d’être belle, intelligente, douée et forte, tout ceci en même temps. Une femme belle, considérée comme indigne d’être une mère ou incapable de se réaliser professionnellement au même titre qu’un homme, ça me rend hors de moi. Et pourtant… c’est un modèle de pensée encore bien présent de nos jours. J’ai une personnalité rebelle. Le conditionnement, le prêt-à-penser, les moules, les œillères, le mensonge, l’hypocrisie, les brides, sont autant de choses qui m’énervent au quotidien. Je pense que ma créativité se nourrit de tout ce qui me dérange. Chaque portrait que je peins est un allié dans ma lutte contre la misogynie, le sexisme et l’inégalité. Mais je ne souhaite pas juste dénoncer des préjugés. Je voudrais, à ma manière, faire prendre conscience de ces injustices et engendrer un changement. Si on réunit toutes mes peintures de femmes, elles sont TOUTES féministes. Il n’y a qu’à se plonger dans leurs regards, étudier leurs expressions. L’intime, le vrai, la motivation ultime, c’est la quête de la liberté. », me dit-elle. Dans ses peintures, il y a ses constats et ses expériences. Elle aime la Femme, avec un grand F, car elle la trouve inspirante, polyvalente mais aussi forte. La femme n’est représentée, la plupart du temps, que par une infime partie d’elle, ce qu’elle déplore et souhaite changer. 

            L’artiste ne peint pas que des portraits de femmes mais aussi ceux des animaux. Selon elle, elle exprimerait davantage une partie de son être. Étant adulte, elle a conservé ses rêveries infantiles qui se matérialisent dans des souvenirs qu’elle possède d’elle, enfant. En effet, lorsqu’elle était petite, elle se racontait des histoires où des mondes magiques, scintillants et brillants prenaient place. Des éléments comme l’eau des ruisseaux et la nature étaient représentés de manière scintillante. Aujourd’hui, ces histoires sont racontées à travers ses œuvres laquées et pailletées. 

 

            Longtemps, elle hésitait à montrer son propre visage pour ne pas exercer une quelconque influence ; elle n’a d’ailleurs jamais réalisé d’autoportrait. Peintre autodidacte, elle avait débuté dans le stylisme, le dessin de mode par le biais de l’Ecole de couture. Toujours attirée par le monde de la mode et la Haute couture, l’univers esthétique qu’il en dégage montre le beau des choses et ce qui est précieux. Elle trouve que les modèles sont beaux, que les vêtements sont nobles et réalisés de façon artisanale, pour la plupart. Les coupes sont parfaitement ajustées et contrôlées rendant le tombé impeccable. Cet univers, constate-t-elle, est gorgé d’efforts et de bons goûts dont il est possible d’en tirer le meilleur. C’est vers cela que l’artiste tend dans son quotidien. S’améliorer, améliorer sa propre vie, sa technique picturale et ainsi être la meilleure version d’elle-même. 

            Des visages connus font alors l’objet d’une réalisation artistique. C’est le cas de sa « Coco Chanel », ci-dessous, dont les traits en noir et blanc contrastent avec la couleur utilisée sur les verres des lunettes. Selon l’artiste, cette touche de couleur remet en place le statut de la célèbre couturière qui était d’être visionnaire. Il y a là, ajoute-elle, une dualité entre ce qu’elle montrait et ce qu’elle voyait. Une association qui met en évidence l’être visionnaire de Coco Chanel et le fait que la couleur était perçue par ses yeux. Le relief est également un élément important dans ses toiles. Il fait ressortir plusieurs éléments et nous fait découvrir, à chaque instant, des détails bien souvent manqués au premier regard voire au second. Le jeu avec la matière entre matité et paillettes contraste avec la couleur ; l’artiste se plaisant à les faire dialoguer. 

            De longs instants de réflexion sont à l’origine des œuvres exposées. Elle essaie de mettre en place une technique sur laquelle elle travaille depuis près de dix ans et qui a encore besoin d’être approfondie, me dit-elle. De ce que je peux voir, la technique de l’artiste semble être tout à fait maîtrisée et l’authenticité y joue un rôle important. L’art fait partie de l’éducation et il ne faut jamais renier ses émotions, me dit-elle. L’émotion est la base de tout travail artistique et permet de s’exprimer pleinement. Certaines personnes pourraient réduire son travail en le qualifiant « d’art décoratif ». Or, il n’en est rien. En entrant ce jour-là dans cet atelier, rien de « décoratif » n’est apparu à mes yeux. La fascination que j’ai ressenti pour la pureté des traits de ces visages m’a tout de suite interpellée. Je savais que derrière ces visages se cachait une artiste de talent qui mérite d’être soutenue et connue. 

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